Lightsangel

09 novembre 2006

Par Trois Fois (conte d'Hiver)

Un.

Deux.

Trois.

De trois lourdes poussées, les battements du clocher au loin ont retenti, sous la nappe brumeuse de la nuit trop sombre, entre le voile des étoiles mourantes et de l’astre poli.

Trois silences précédant ton absence qui m’étreint en caresses glaciales, chaque fois que ton image se mêle à nos souvenirs oubliés, perdus, sur les pages de ces vieux manuscrits poussiéreux portant, haut, portant, forte, l’empreinte de tes doigts et de ton encre.
Plongeant en moi, trois fois, le temps est passé en mois, puis en années, les toiles arachnéennes tissant leur trame filandreuse sur ces livres que tu aimais tant, et sur le miroir, maman, où ton reflet perdure, quand je m’y mire.

Trois printemps, trois étés, avant l’hiver fatal, les flocons de la neige duveteuse parsemant mes cheveux, glissant sur les perles moirées du ciel, pleurant ta perte.

Ta tombe est blanche, le marbre scintille aux rayons incertains de l’astre, blanche comme notre vie ne l’a jamais été, la couleur délayée par les larmes que je n’ai pas versées, maman, car la douleur me porte encore, me grandit, me dresse fièrement et me permet de te survivre. Alors, pourquoi la laisser rouler sur mes joues, en appel de ton amour ?

Trois étreintes de la pierre meurtrie par mes baisers, et les fleurs déposées en offrande à la nuit.

Qu’elle me pardonne, de devoir éveiller les rêves et le mal, et qu’elle m’entoure de sa ganse de velours opaque, avant de sombrer.

Trois secondes d’inertie dans ce monde étouffé, ouaté, parfois tressaillant aux murmures sinueux des dernières feuilles résistantes, des derniers arbres aux branches torves, et aux racines perdues aux confins de la terre.

Agenouillée, la neige cotonneuse tâchant ma robe de soie en plis épars, filtrant sous les fins jupons de dentelles ses esquisses humides, je serre les mains et te les tends, trois fois sous le vent giflant mon visage, trois fois la paume tournée sur le marbre qui, lentement, si lentement, se fêle…Et des volutes insouciantes de l’univers qui s’éteint, et de la lune qui se voile, filtrent à travers la toute première des failles, amassant en leur sein palpitant leur cœur gelé en parcelles de cristal.
Une aile, puis deux, s’envolent à l’essor d’une phalène de feu.

Par trois fois, le fragile insecte, à peine plus épais qu’un de ses traîtres flocons que vomissent les nuages, comme désagrégés d’avoir tant vécu, tressaille, et se laisse emporter par la brise levante. Et de ses minuscules ailes de transparence nacrée, aux nervures délicatement ciselées de pourpre et de noir doré, rampent les odeurs de souffre et de miel mêlées, et ton parfum, maman, transparaît en filigrane, filament de passé trop tendre sous la tapisserie des effluves présentes…Même les arbres ont fini par se taire, et la pierre gémit, gémit, se brise et se rétracte, s’enlise et s’enroule à mes jambes immobiles.

Un.

Deux.

Trois.

Le carillon sonne une dernière fois, mais son lourd tressaillement guttural se perd dans le lointain.

La phalène s’est ancrée dans l’interstice membraneux entre mon pouce et mon index, et elle résiste à présent, les pattes duveteuses agrippant ma peau, ses ailes battent si fort, prenant leur essor, battements de ton cœur enfermé dans la crypte de notre passé englouti, là, sous, dessous, la boue et le marbre exhalant ses plaintes.

Le présent nous tend ses mains de sang, maman, et je me tords sous la pression de tes effleurements invisibles, comme l’insecte grandit, se mue, laissant sa poussière d’étincelles endiablées brûler mes vêtements, recouvrant le spectacle de nous, de toi, de moi, de feuilles mortes en douces enveloppes de gel, et d’ombre, et d’ombre…De bruns, mes cheveux deviennent noirs, bris de la nuit enserrant mon visage pâle, mes bras se chargent de l’épais linceul qui fut tien, d’un blanc moucheté des coulures de l’herbe et de la terre, et je deviens.

Toi.

Ton odeur m’assaille de toutes parts, la respiration haletante sous ma poitrine have, violettes fanées d’un trop long automne, alors que déjà le froid ne t’atteint plus, et que doucement, au rythme des chants des buissons chétifs bordant l’allée aux dalles disjointes, nous nous relevons, droites, nos longues boucles voletant au gré de nos soupirs meurtris.

Une fois, tu auras oublié de lever la tête sous l’injure, une fois, maman, une fois aura suffit pour te briser à jamais.

Par deux fois, nous nous vengerons, nous vengerons les cris enfouis sous un oreiller trop étroit pour me les cacher, nous jetterons sur l’opprobre les flammes léchées de notre souffrance, et nous oublierons la corde, maman, ce ruban de velours passé sous le lustre de diamants et de bougies suintantes de cire froide, offerte à notre regard comme un vibrant reproche, un soir d’hiver où le vent marquait de ses mains avides le passage du temps, et la fin de tout…

Que la nuit nous pardonne d’avoir tant espéré.

Par trois couloirs nous passons, vides sous l’opulence factice de ses meubles de bois creusant l’abîme de ta non présence, maman, car la richesse ne remplacera jamais les contes dont tu emplissais mon enfance, et les pendules, depuis toi, n’ont plus jamais voulu se remettre à égrener les heures, les jours et les semaines, détachées de la réalité. Les aiguilles se sont couvertes de tes cendres grises, et des raies de poussière. Notre maison est un tombeau de phalènes, où quelques uns de tes longs cheveux, de temps en temps, viennent se prendre aux rideaux de mousseline de ma fenêtre, seules marques de vie, de mort, et d’existence éphémère.

Par trois fois nous le regardons rêver, sa figure sculptée par les lueurs mouvantes de la lampe, le sourire errant sur ses lèvres trop minces pour aimer, et par trois fois nous respirons sur lui le parfum nébuleux, lourd, de cette femme qui déjà a pris ta place, comme si il y avait une place à prendre sur un trône : ne sait elle donc pas que les tyrans sont les seuls à régner ?

Il dort, maman.

Le corps épuisé par trois hivers d’une insomnie douloureuse, nous levons les bras, laissant les plis du linceul déchiré se tordre en moites succions sur sa peau dénudée, mais, déjà, le drapé de terre et de lin a fait place aux ailes diaprées, d’agate et de rubis, de la phalène de notre amour détruit. Sur leur plasma ondulant de fines raies ourlées d’or, s’esquissent, maman, ta douce figure d’albâtre, les yeux de néant et leurs cercles de nuit, et mon propre reflet, en pulsations incertaines ; et ses paupières luisantes s’ouvrent sur la peur, la crainte, alors que son cri se maintient entre sa gorge où la pomme d’Adam vibre en silence.

Trois années j’ai attendu, mon père, que la nature me fasse femme, entre la pomme rouge du péché et la douceur sucrée des lèvres de l’Eve originelle, et j’ai choisi ce soir, cette nuit, pour te faire entendre la voix de ma mère, et la mienne.

Peux tu seulement encore la comprendre ?

Tu serres l’édredon contre ton cœur, en un bien vain rempart de plumes qui noircit sous les frôlements acérés de nos mains de sépulture, où se lisent les tracés de la terre et des herbes sauvages ; déjà la phalène est entrée par le bris de la fenêtre cédant sous le poids de ta culpabilité atroce, et elle ne te quittera plus.

Nous sommes un miroir de glace qui te renvoie les échos de ce que tu as fait, père, et notre folie morbide se balance au gré d’une corde, sous les myriades d’éclats de cristaux à présent silencieux, immobiles, la cire depuis trop longtemps sèche entre les bougies d’or.

Par trois fois nous naîtrons, maman et moi, unies comme aujourd’hui, par trois fois nous te ferons revivre nos derniers moments, dans les hurlements qui déchireront ta voix, puis par les effluves de la tombe, et enfin au spectacle de nos larmes.

Un.

Deux.

Trois.

Notre pas résonne au souffle de nos ailes qui se replient, et le piano, dans ce salon où le feu achève de meurtrir ses cendres, laisse s’échapper les premières notes de notre symphonie. Une, deux, touches, blanches et noires, comme nous le sommes, filtrent leur tintement fragile au travers des cris de mon père, qui, là bas, enfoui dans sa chambre comme au premier instant de sa vie, se trouve nu, et seul, face à notre insecte vengeur. Crie, fou, crie la souffrance que tu as délaissé derrière toi en mue d’une peau trop étroite, enserrant le corps et meurtrissant les chairs fragiles, en dessous…

Crie, fou, tu ne combleras jamais le gouffre que tu as creusé en nous, et la tombe vide de ma mère, et la place vide en mon coeur, là où rien ne vivra plus jamais.

Crie, puisque je ne le peux pas, et hurle pour moi.

Un. Le chemin est si rude sous nos pieds qui se heurtent aux dalles mousseuses de l’allée, derrière le manoir où la brouillard coud, de ses doigts de vieillard, le début d’une nouvelle histoire, et nos mains tremblantes, maman, oh, maman, se couvrent de sang, il s’immisce dans les lignes de notre paume, et y laisse ses cicatrices de jaspe rouge, et il y trace les couleurs d’un tout autre dessin sur ta tombe de marbre trop pâle.
Par deux fois il paiera, maman, mais ma peine, laisse-moi la verser, puisque mon dos se déchire sous la tension de ton esprit fantomatique, l’étreinte de ton visage sur le mien se retirant, et les odeurs de terre fangeuse et de violettes, maman, ne les emporte pas avec toi entre les fêlures de la pierre, donne-les moi, tends sur les arbres inertes accrochant les bribes de la nuit et de l’éternité, ton parfum d’enfance, comme on tisse l’aube des matins pluvieux, que j’y pose mes lèvres en secret, pour te respirer, encore, dans un souffle…

La troisième fois, je le jure, alors que j’essuie inutilement ma peau sur les plis de ma robe tachetée, je pleurerais.
Et la phalène mourra sous les battements de mon cœur, là où le temps n’a pas d’emprise, là où règnent les notes enfouies de notre berceuse, maman, que je chante au fond de moi.

Que la nuit nous pardonne d’avoir voulu croire aux contes que nous avons aimés.

Que la nuit abandonne, puisque nous sommes damnées.

Jamais il ne fera plus sombre qu’en notre âme, maman, mais c’est là où je t’attendrais.

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07 septembre 2006

L'enfant de la Lune (partie 3 de la trilogie du Monde)

eloquence



On raconte que le ciel, ses coins d’ombre où se perdent les lueurs de l’aube

Et celle du couchant, quand les couleurs se fondent en traînées d’étoiles

En pleurs d’un enfant, en poussière de sable et d’eau de pluie,

N’est qu’une gigantesque toile, tissée de nos rires, la trame empruntée aux miroirs

De nos souvenirs, mémoires ensevelies, mystère de plus,

Genre humain, ses failles crevassées, ses fêlures de marbre.

On raconte que, du tréfonds de notre âme, de celle qui souffre en secret,

Etouffée par le masque, de ces parenthèses de bonheur qui n’atteignent jamais les cimes,

Nous appelons en vain, comme ces fleurs qui hésitent à s’ouvrir

Puis exposent en silence leurs corolles de velours, de satin et de pierres de rosée

Attachée, quelques instants, aux pétales délicats des limbes du néant,

Avant de mourir, sous les ronces d’un jardin à l’abandon, comme de notre vie.

Alors, parfois, parce que ce qu’on raconte m’ennuie

Parce que j’aime la pensée de créer les mythes, bien plus que les subir,

Je lève les yeux vers l’horizon, le ciel éteint de la nuit,

Lors du silence du sommeil, le temps du rêve aux odeurs d’enfance,

Aux rires des fontaines de l’imagination, bulles opalescentes au tintement argentin.

Alors, juste une seconde, un battement des paupières, un souffle d’ange errant,

Je regarde au loin l’enfant de la lune, derrière les cratères sordides d’un astre mort.

Visage pâli par les années de l’ombre, passées à rendre à la lune ses rayons perdus

Arrachés de la Terre par un soleil d’ambre envahissant, sournois, éclairant trop fort,

Cheveux aux étoiles de nacre, empruntant à l’eau du monde ses souvenirs enfouis,

Ses yeux gris acier, plus jeunes que l’enfant à naître

Plus vieux que la Terre qui hurle, mais que personne n’entend.

Avançant sur l’air du temps, le poids des années, comme un gigantesque socle,

De nos peurs et nos doutes cristallisés en gouttes de lumière serrées,

L’enfant de la lune danse, et chacun de ses mouvements, voient le cercle

Immuable

Impavide

De la destinée humaine, se concentrer ou se dilater, jouant de nos existences,

Comme d’un cerceau d’argent terni par la mousse des premiers âges.

L’enfant de la lune danse, et ses bras se perdent dans la nuit de cendres étincelantes.

Puis, il trempe ses mains, ses doigts souples, dans l’encre de nos souffles,

De nos passions de sang, de nos éclats de colère, aux milles soupirs

Que jamais nous ne prononçons,

Et il dessine, malhabile, comme tout enfant, le dessin, les contours adoucis,

La silhouette de nos êtres, les tâches de peinture entourant la chair et la transparence,

Bâtissant, un à un, les chemins escarpés des plus belles histoires,

Dans un ciel aux étoiles compatissantes, où volent les songes, brise sucrée, amère, de nous.

Alors, je lève les yeux vers l’horizon, la glace étrange renvoyant son reflet, amplifié à l’infini,

Et j’attends de voir, au détour d’un nuage d’éclipses et de fumée volatile, le visage lisse,

Joueur, mutin, mais solitaire exilé du sol des premiers temps de la vie,

Le corps scintillant des rosées matinales et des erratiques souffles du soleil qui renaît,

Comme chaque jour, éclairant d’or et de rose passé.

J'attends de voir les nouvelles rêveries d’encre,

Que l’enfant de la lune, alors endormi, les cheveux mouillés, eau du ciel,a mêlé aux flammes lointaines,

Aux souffles des étoiles et des âges perdus,

Ces silhouettes de rêves, qui me servent chaque jour, chaque minute inconsciente de battements de l’air libre,

Myriade de libellules miroitantes, les ailes encore neuves, bleutées des restes de l’ombre qui se retire,

A bâtir ma propre vie.

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06 septembre 2006

Légende : A l'éveil de Notre Monde


calamity
Au creux des feuilles d’or et de velours de l’été

Où coulent lentement des rigoles de tourmente, en larmes de sang délétères,

Vibrent les nervures fines et sensibles d’une membrane de sommeil

Sous le souffle, à peine esquissé, à peine distinct, d’un éveil

Qui se fait attendre.
Les paupières encore closes dans son visage aux traits se fondant

Dans ses joues de lierre et de veines en étreintes éphémères,

Nichée au sein d’une terre, peut être sans âge,

Aux pétales d’argile, senteurs d’encens et grains de lumières,

Une vie s’endort.

Fœtus de rires, de chants silencieux et de larmes éteintes,

Ses membres graciles et ronds de la douceur d’une caresse en frôlements sans fin

Bougent, sereinement apaisés par le drapé tissé aux filaments de ses rêves,

Les poings fermés, en protection inconsciente, serrés sur sa poitrine menue,

Renfermé en lui-même sous les pousses d’un saule aux branches inertes.


Et bruissent, bruissent, en chuchotements de feux dont les flammes n’existent pas encore

Les délicates montées de sève aux racines du Monde.




Il n’y a pas de limites entre le ciel et la terre, du moins il n’y en a plus depuis bien longtemps,

L’horizon s’est efforcé d’annihiler toute notion d’ailleurs, d’infini et de possible,

Les nuages s’accrochent aux branches tortueuses de nos derniers soupirs, s’y déchirent en parcelles de brume,

Et le sol en miroirs fendus, savamment agencés au son de ce que nous avons été,

Nous renvoie les échos tumultueux de notre naissance, de notre existence, et, peut être,

De la vie elle-même.

Mon Haï, mon Aimé, laisse moi te raconter,

Comme j’ai toujours tenté de le faire, en rythmes audacieux, au chant de nos étreintes,

Notre histoire, et à ceux qui viendront, et à ceux qui le voudront,

Seulement écouter…

Le soleil ne se lèvera pas cette fois, il s’est enterré dans son cortège d’étoiles surréalistes,

Dans cette nuit ou ce néant, comme il nous plaira de l’appeler, et sa trouble lueur, entre les pâles reliefs du ciel s’éteignant,

Lasse d’avoir porté tant de rayons assassins, lasse d’avoir brûlé en vain, sur la terre aride et les éclats de cristal de nos jeux,

S’estompe, trempée à l’encre du noir, de l’absence et de l’oubli, une peinture au goût d’inachevé,

Ou de perdu.
Le soleil ne se lèvera plus jamais, car il en est de lui comme de toutes choses,

Et même de nous,
Il s’épuise, s’enlise et termine la boucle de sa vie, l’or se ternit, en cendres fumeuses et âcres.

Près de mon âme, ou de mon enveloppe charnelle, dont les limites extrêmes se font de plus en plus lourdes,

Les grains de sable s’amassent, s’immiscent, entre deux gerbes d’une écume duveteuse, et me rappellent,

En vrillant ma peau fragile de leurs caresses, mains délicates de la brise s’élevant, portant en elle les vestiges

De l’eau, l’embrun des dernières marées, le sel de la vie, ou son amertume profonde,

Là où tout commence, et où tout se termine,

Une plage, des remous d’une onde houleuse fendant le silence poisseux de l’air devenu irrespirable,

Me rappellent la lumière que je n’ai plus, et ton ombre qui se dilue…

J’ai jadis vécu sans ressentir plus qu’un fugace sentiment d’appartenir à l’univers,

Un courant d’air, peut être, une silhouette sans forme ni contours bien déterminés, sans doute,
À l’orée des noms que me donnera, dans ce futur inconscient, le monde qui s’éveille,

La Première, la Déesse ou la Primordiale,

Lilith, Eve ou la Passion,

Je fus et demeurai, muette aux premiers de nos soupirs, aveugle aux yeux vitreux, suspendue,

En silence,

A ma nacelle de lumière, les joncs tressés des larmes du ciel, ou des miennes, et des volutes insouciantes de la terre,

Balançant sans lendemain, sans passé ni même sans notion du temps, au gré des courants de l’air,

Sinueux, insidieux et troublants de moites émotions indécises.
Je fus, et demeurai, cette chose que l’on ne nommera jamais, cette chose confuse et sourde,

Oscillant entre la chute et l’envol, les membres entravés de liens invisibles, les mains nouées sur la possibilité d’un ailleurs,

Chargé des promesses de l’illicite, de la senteur voluptueuse des jasmins endormis sous leurs tiges déliées.

Je fus et demeurai, sans notions de rien, au souffle du vent, au contact doux de quelques nuages,

Attendant.

Tu ris, bien sûr, tu ne me crois pas, et sur chaque minuscule grain de ce sable qui m’entoure et se dresse,

En armure fragile, ou lame usée déjà d’avoir tant servi à nous meurtrir, en reptiliens replis sournois,

Je crois entendre se répercuter ton rire, échos montant des miroirs de nos vies, de nos espoirs, et de ce que nous avons
Détruit.

Je t’entends avant même de t’apercevoir, et ton absence, comme celle du soleil se mourant,

Me fait mal, me pèse et me déchire.

Mais tu viendras, je le sais, tu n’as jamais pu

Résister…

Je suis tombée, de mon piédestal de lumière où jamais rien ne se passait, où le temps n’avait pas prise,

J’ai détaché, un à un, les filaments liés de la lune morne aux cratères creusés en rides précoces,

La lune, plus jeune que je ne l’ai jamais été, portant la douleur de ce que nous avons fait,
Le portrait de mon visage immobile de statue de marbre, où rien ne transparaît jamais,

Et qui nous regardera sombrer, ce soir, ce jour, je ne sais plus, car depuis trop longtemps les secondes se sont muées

En années,
J’ai laissé sur la balancelle de mon enfance, ou de mon sommeil,

Les ligaments d’acier, de tourbe et des rayons pâlis des étoiles, j’ai cessé de dormir,

Et j’ai chuté, sans fin, sans heurts aucun pourtant, dans l’atmosphère aux doigts de fer qui m’abandonnait à moi-même,

A la pesanteur de mon âme et à celle de mon corps, ou de mon enveloppe,

De la chair et du sang, de l’illusion et des rêves palpitant sous ma peau en sarabandes de feu.
Et tu es né.

Tu ris, bien sûr, mais ton rire se fane et se vrille de tourments secrets, sa tonalité change,

Elle se teinte de regrets douceâtres, avant de faire trembler l’air en pulsations frénétiques,

Je sens les battements de ton cœur s’élancer au devant de ta poitrine, comme pour s’en extraire,

Tu ris, mais ce n’est plus un rire, ce n’est qu’une façade derrière laquelle, lentement, tu entreprends,

De déposer le masque.

Avant de commencer à te matérialiser, usant des derniers recoins de la lumière déclinante,

Dessinant à l’envie les traits de ton visage, dans l’air qui nous étouffe,
A présent…

Combien la chute fut longue, au travers de l’onde brouillant ma vue,
La douceur de pierres chauffées aux flammes de mon être frappant mes joues,

Respiration haletante, la bouche close sur ma première bouffée de l’univers, nue, malhabile,

Face au néant qui m’accueillait dans ses bras lisses et glacés, mes premiers véritables pleurs,

Avant ceux que tu fis naître,

Je ne les raconterais jamais.
Le sol, la matière, la cristalline transparence de l’air et le bleu s’intensifiant du ciel, se confondant,

Au-delà des mots, au-delà des chants qui, un jour, s’élèveront sur nous et notre histoire, mon Haï,

Et ma peur, oiseau battant fébrilement de ses ailes mouchetées de pourpre contre ma conscience indolente,

De me briser, et de m’unir au sol jusqu’à n’être plus rien, ou de rester seule, à tout jamais,

Loin de tout, loin de moi-même et des voiles d’argent déchirés sur une nacelle d’or et de gemmes, vide à présent…

Alors, mon Haï, alors tu as été créé, car il était sans doute écrit que tu devais naître,
Me protéger de la chute avant de m’y entraîner ; rassemblant mes zones d’ombres et mes doutes,

En une diaphane membrane prenant, peu à peu, l’ampleur d’une toile arachnéenne, de noirceurs insoupçonnées,

Des ailes fragiles, de peurs et de rires éteints, sous l’étreinte sauvage de mon corps sans défense et du silence pesant,

Un autre corps au mien, soulevant les meurtrissures de l’air coupant, s’interposant entre la terre,

Et moi. Et Toi.

Mon ombre, ma vie, et mon sang, que nous partageons, car nous ne fûmes qu’un en cet instant d’arrivée, ce contact sans précédents,

Avant que tu t’éveilles à ton tour, et que, dans ton regard, je lise notre fin,

Que je n’ai pas su éviter.

Les lueurs ont achevé leur condensation en gouttelettes infimes, sur lesquelles roulent les différentes émotions,

Qui t’étreignent, et tu apparais alors sur la grève d’où plus rien ne partira jamais,

Si ce n’est le ressac irréel, presque violent, des vagues se brisant sur le rivage,

Tu peux toujours essayer de fuir en laissant encore perdurer sur tes lèvres un sourire, ces mêmes lèvres

Que j’ai embrassées, mordues au sang, et qui se sont souvent ouvertes sur des mots aux consonances brutales,

Tu ne peux pas nier ta vue qui déjà s’obscurcit, en un rappel de ton cœur dont je ressens à présent l’envol douloureux

Dans ma propre chair.

Oui, tu ignorais jusqu’à présent le départ de ton existence, et il me plait de penser que, si tes yeux cillent,

Devant la beauté de l’univers qui nous vomit lentement, s’est lassé de nous et repousse nos limites extrêmes,

Au bord de la rupture,
C’est aussi parce que tu comprends alors, comme tu n’as jamais compris, combien nous sommes liés,

Mon Haï, mon tout, ma perte éternelle…


Et bruissent, bruissent, en chuchotements de feux dont les flammes n’existent pas encore

Les délicates montées de sève aux racines du monde.

Et tremblent les fondations du sol sous le reflux de la fin d’un été, alors que les racines se nouent,

Et se dénouent, sans raison, les bourgeons s’éclosent en parfums affamés de chaleur, sous leur ganse de colère aux teintes fantomatiques,

Les linceuls tissés d’une blanche main dont les doigts froncent les pétales engourdis de sommeil,

Les fleurs se fanent avant d’avoir pu naître aux rayons du soleil s’éteignant, leurs cadavres jonchant

De couleurs dont les teintes s’effacent en secret jusqu’aux pistils dentelés, le tapis des feuilles d’or

Du saule, dont les branches ployées sous l’ombre qui s’étend aux confins de l’univers,
Caressent en mystérieux effleurements la joue de roses,sillonnée de ronces aux épines duveteuses,

De l’enfant sous la terre grondante d’une lave en gestation, lové en son centre vaporeux.

Les poings ouverts à présent, car ses rêves le nourrissent, et le protègent.


Et tournoyant sous son cortège d’oiseaux migrateurs, l’automne s’installe, l’éveil continue son impavide destinée,

Aux racines du Monde.


Nous étions seuls, nous étions deux, nous étions tout,

Dieux, vivants, éternels, immortels, à l’orée de la création de ces choses qui nous hantent aujourd’hui,

Des choses que nous nommions, car elles n’appartenaient qu’à nous,
Cela aurait dû nous suffire, et, malgré ton regard que tu me dissimules encore, maintenant,

Alors que nous nous devons de nous retirer, que l’air nous oppresse et nous blesse, que les chants de tourmente des vents même,

Ne nous sont plus rien, que les odeurs d’encens, d’oranges douces et de lavande ont disparu de la terre aride,

Et que la lune achève de se voiler, comme pour masquer l’impensable spectacle de notre déchéance,

Je sais que, si tu ne regrettes rien du mal que nous nous sommes infligés,

Du moins tu as cessé depuis longtemps d’en jouir et de t’en amuser.

Encore était ce une façon d’exister…

Il n’y a plus grand-chose à te raconter, tu sais, les mots ne suffisent plus,
Et n’ont d’ailleurs jamais suffi,

Pour jauger l’univers que nous avons formé, et qui se retourne à présent contre nous, fatigué de nos ébats,

De nos plaisirs éphémères, de nos déchirures éternelles, du sang et des instants que nous nous sommes volés,

A ne savoir s’aimer que dans la lutte, la domination ou la crainte d’une souffrance sous les masques que nous portions,

Les jades se sont ternis, les reliefs d’or usés, les robes s’entrouvrent sous leurs jaspes trop lourdes,
Nous demeurons aussi nus que ce jour où nous sommes tombés.

Je me penche en silence sur le sable qui s’effrite encore sous mes pas en recul inconscient, et, au creux de ma paume,

Y dépose sans gestes hâtifs, car le temps nous est compté, mais il nous est encore allié,
Pour un instant,

Les minuscules pierres de nos pensées, humides des baisers de l’océan, puis les passe sur moi.

La douleur est violente, mais elle ne remplacera jamais les échos de mes reproches amers,
Peu à peu, lentement, comme toute mue se doit de l’être, je me dépouille de mes peaux de soie,

Le sang roule entre mes doigts et trace ses cicatrices pourpres sur mon corps, celui qui apparaît,

Sous les jeux des enveloppes que j’ai portées, pour te séduire, t’aimer en heurts ou te perdre, avant de me perdre moi-même,

Les pans de mon irréalité se déplient sous mes pieds en cascades lumineuses, avant de se fondre dans la terre.

Et j’ai froid, soudain, sans mes oripeaux et mes velours, sans mes pierreries et mes tiares,

Sans l’onguent et la pommade de mes cheveux, les huiles imprégnant les contours de mes épaules,

Mais je peux ressentir au plus profond de moi-même, le sable qui se retire de la grève, et l’air humide de nos larmes,

Là où l’onde est née, aux vagues mouvantes, rappel de nos abandons, lorsque nous cessions de nous haïr, et nos faux semblants d’enlisement...

Si tu veux te venger, mon Aimé, des privations et de nos luttes, je me livre à tes mains, puisque nous sommes condamnés,

Blesse moi à jamais, que j’en garde les traces et les relie à celles que tu m’as déjà faites, avant de sombrer, mais je suis lasse,

De tant me cacher, de tant feindre, et de tant espérer,

Je suis lasse d’enrayer chacune de mes émotions, et de les faire ployer sous le joug de ma raison,

Par crainte de perdre ce combat insensé, celui qui n’était qu’un jeu, avant que nous n’en fassions une guerre sans merci,

Je suis lasse de rire et de masquer sous les couleurs du temps et les robes chatoyantes, des larmes que tu ne verras jamais,

Mais dont les échos te sont sans doute revenus en sons d’ailleurs, soigneusement étouffés,

Il y a bien longtemps que je ne trouve plus de plaisir à te voir plier, il y a bien longtemps que nous aurions dû

Cesser.

Je n’ai plus ni armes, ni enveloppes successives, sous la mue de tristesse assassine, ma peau s’agite de soubresauts, ceinte d’une aura brumeuse

L’éther de ce que je fus, et ce que je redeviens,

Je ne suis plus, ni Déesse, ni primordiale, ni Créatrice, les adjectifs se sont éteints à mes pieds,

Je ne suis qu’un être, qui cherche, qui doute et qui erre,

A la recherche d’une nacelle de lumière et de protection enfantine.

Tu ne dis rien, et j’attends, en suspens, le coup fatal qui nous fera renoncer à cet univers nous poussant hors de ces fondations,

La brise a beau être douce, je tremble de froid, et quelques grains de sable, en pierreries bien innocentes,

Brillent dans mes cheveux, vibrent doucement aux chants aériens de l’onde sinueuse, aux relents de vie factice.

Tu ne dis rien, mais ton visage se ferme, et tes paupières se posent sur de mystérieux reflets,

Ceintes dans leur fine membrane, rejet inconscient de ces battements de ton cœur fiévreux,

Tu ne dis rien, mais tu me tends la main, et je te hais plus encore, mon Aimé, d’avoir ce geste si simple

Qui aurait pu nous sauver.

L’embrun de nos mains, le parfum de cette union trop tardive, de ma paume jaillit, en un bruissement feutré,

Glissant entre les lignes de ma vie, en suivant même les contours esquissés, encore balbutiants,

Ligne de non existence, et de non dits ;

Un lien de lin et de velours tressé, et du sang que nous avons partagé, qui t’entoure, s’enroule à ton poignet, et remplace ces mots insensés

Qui ne seront jamais prononcés.

Je suis redevenue muette, sous le poids d’un univers brisé aux parcelles de blessures infligées,

Mon Haï, celui qui fut et qui demeure encore, alors que nous nous éteignons,
Je n’existe déjà plus, je m’enterre, je me meurs et ploie sous la morsure de la glace, et du froid,
Alors, fuyons, car le soleil ne se lèvera jamais plus,

Pour nous, dans cette nuit ou ce néant, comme il nous plaira de l’appeler, et sa trouble lueur, entre les pâles reliefs du ciel s’obscurcissant,

Eclaire, par intermittences, vacillant d’équilibre en abysses sombres, notre amour qui n’en fut jamais un.



Et tournoyant sous son cortège d’oiseaux migrateurs, l’automne s’installe, l’éveil continue son impavide destinée,

Aux racines du Monde.
Un soubresaut, un plasma opalescent, et la trame s’affine, s’élance aux assauts de l’enfant,

Sous sa ganse de boue et de branches torves, aux reflets sourds des sinueuses caresses du saule,

Dont le tronc s’affaisse, se tasse et se rejette en flammes de bois calciné, étincelles des derniers rêves,

Ou des tout premiers,

Un soupir se propage et roule aux sons de l’univers perdu, nuances d’échos sur la terre asséchée.

Se ride de sillons d’abîmes et se craquelle l’enveloppe fragile, de l’herbe trop rare et des feuilles mortes,

Et se glissent, sur la joue de roses, les épines du Monde ; l’automne s’éloigne, s’emprisonne en hiver,

Au centre de son être, une liane tressée de joncs épars aux nervures moites de baisers fanés,

Le cordon se tord, se fissure, et se rompt, retombe en anneaux éteints d’une vie balbutiante,

L’enfant, des poings ouverts, ouvre les yeux,

Aveugle pour un temps, sous les vapeurs de l’aurore qui se lève, et la terre se fendille, gémissements trop fugaces,

A l’hiver du Monde.


Il y a entre nous cet écho qui ne s’éteindra jamais, l’entends tu pousser son premier cri à l’orée de notre fin ?

Le Monde se débat entre les racines de nos arbres centenaires, il s’éveille, et nous

Mourrons.

Alors, puisqu’il n’y a plus rien, plus de symphonies divines et de rires faussés nous masquant la réalité de notre triste existence,

Puisque je te hais autant que je t’aime,
Lentement,
Je t’entraîne,
En avant,

Dans cette fuite éperdue,

Sous l’onde de notre dernier refuge, où l’univers nous dévale, et nous oubliera.

Tu ne ris plus, et ta main se crispe aux pulsations de mes nerfs, sous le lien de notre folie, velours, or et sable mêlés,

Tu ne sais toujours pas,

Que même là,

Tu ne pourras plus,

Me résister.

Tu cambres ton corps aux fibres fiévreuses de ta volonté, mais il ne sert plus à rien, mon Haï,

Notre temps est passé…

Le sillage s’ouvre sous mes pieds, alors que mes peaux d’ombre et d’opale se fondent entre les grains de sable,

Se froissent et s’enroulent à mes jambes, en attaches délicates, il n’y a plus, ni plage déserte,

Ni ciel d’encre, esquissé à la plume de nos vies sanglantes, et les gerbes mousseuses de l’écume, elles-mêmes,

Ne forment plus qu’une houle sans fin, qui nous appelle, murmure entre le souffle de l’univers,

Et le tien, près de moi, haletant sous la tension de mes mains, si tu ne sais plus parler,

Cela n’a plus d’importance, à présent, car il te reste encore à devenir sourd et inerte.
Nous avons été les flammes, mais même les chandeliers d’argent et d’étain verdissent et se brisent,

Et l’onde nous attire, et son chant s’élance à notre rencontre, balayant ses doigts moites sur mon visage,

Alors que le sol, se dérobant à nous comme en un recul tardif de l’univers, vacille, tangue et nous meurtrit.

J’ai si froid à présent, qu’il me semble que j’ai perdu jusqu’à mon propre sang, les tumultes de l’existence,

Et la chair me protégeant de tes silences, ou des mots acides, vains et corrompus,

L’eau s’infiltre dans mon âme, comme elle mord ma peau glacée ; alors,

Seulement, alors,

Je lève les mains, j’imprime mon dernier repère, ma dernière trace d’une puissance que je viens d’abandonner,

Car la force brise autant qu’elle peut embrasser,

Abandonnée comme mes mensonges, mes blessures et mes nombreux visages, mes ombres et mes sourires.

Je dessine, de mes mains tremblantes, sur l’univers et l’air opaque de senteurs mortes, irrespirable,

Une porte sur notre avenir, enroulée dans son enveloppe d’eau claire et mouvante, aux colonnes des vagues s’amoncelant,
L’océan se jette, se déchire en parcelles de cristal éparses, agrippe nos deux corps, et les y entraîne,

Sous l’arc et la voûte du ciel rejoignant la terre.
Et nous ne sommes

Plus rien

Et nous sommes

Aveugles

Quand la porte se referme, dans ce claquement teinté d’un voile de brume.

Rupture.

Qu’en est-il de lueurs encore lorsque tout s’est éteint, qu’en est il des saveurs du passé si le présent n’est plus que néant,

T’ais je suffisamment Haï, puis je encore narrer à ceux qui voudront savoir la vie des Dieux, sans mots et sans paroles,

Combien nous nous sommes trompés, à trop vouloir vivre au bord de l’extrême, au sens de l’univers,

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais nous flottons, mon Tout, dans une marée de nos souvenirs,

Et nous nageons sans contraintes, au-delà des soupirs d’aise du Monde dégagé de sa toile de terre, de nacre et de nos cendres,

Je n’ai plus froid, je ne sens plus grand-chose, si ce n’est ses rythmiques pas au dessus de nos corps alanguis sous les nuances de l’onde

En éphémères photophores, éclairant à l’envie, ou laissant à l’ombre, ce que nous avons été,

Sur les courants contraires, ballottés, existant sans être, détachés des émois et de nos trop,

Nous découvrons la ville engloutie de notre passé, à chaque image sa souffrance, ou son lot de rires,

Les tourelles effrangées de nos colères ancestrales, quand nous faisions saigner l’univers, les parcs luxuriants,

Algues, safran et épices chaudes sous le soleil de nos étreintes,

Et alors, seulement alors,

Je me mets à pleurer, non de regrets, non de tristesse, mais de ne pouvoir plus jamais te dire combien,

Je t’ai aimé, d’avoir manqué ces instants écrasés sous notre fierté, alors, puisque nous en avons terminé,

Que notre règne s’achève et que celui du Monde, nourri de nos vies et de nos douleurs, commence,

Ce soir, ce jour, cette nuit, cette minute, cette seconde, d’infini,

Laisse moi vivre dans tes bras ma nuit éternelle, et referme sur moi, comme je nous ai enseveli sous l’onde

L’écho de ton ombre,

Ne faisons plus qu’un, à nouveau, et de la lassitude,

Endormons nous…

La vie continuera son cycle et sa ronde, les Hommes succèderont aux soupirs du Monde,

Notre enfant d’argile effritée, né sous les feuilles d’un saule aux racines tortueuses,

Entre lave, glace, haine farouche et illusions rêvées, ne sera pas plus Dieu que nous ne l’avons été

Fous, déraisonnables, et apeurés par l’ampleur de notre tâche, nous faisant mal à dessein, sans avoir jamais pu

Nous résister…

La vie continue déjà son cycle et sa ronde, mais l’arc de l’eau s’est affaissé, et la porte se condamne, à jamais,

S’embrase, fume et oublie,

Endormons-nous, mon Aimé, et dans notre fin, soyons

Ce que nous n’avons jamais été.

Aveugle pour un temps, sous les vapeurs de l’aurore qui se lève, et la terre se fendille, gémissements trop fugaces,

A l’hiver du Monde.

L’Hiver a gelé toute forme de vie primitive, et depuis longtemps les branches du saule ploient sous leur velours de neige,

Les feuilles au son du vent, s’habillent de givre et de glace aux reflets d’émeraude polie,

Et l’Océan lisse, à la ganse de miroir sévèrement taillé par les gestes d’un univers vengeur,

Laisse filtrer, par moments, quelques remous indistincts en rides salies d’écume moirée.

Et rampe, marche et tombe, aux morsures du froid et de la pluie insidieuse, un enfant nu sur la glace fendillée, celui que l’on appellera

Un jour,

Le Monde.

Inconscients des flocons qui parsèment ses cheveux d’or, des rigoles de larmes roulant sur ses joues rondes,

Il tangue, vacille, apprend sa première danse, au dessus d’une crypte où nagent en sommeil les Primordiaux

Le printemps bourgeonne à ses pieds, où flottent encore, en rappels immortels,

Les fleurs d’un ancien été, sous la terre, sous l’argile d’or et le ventre de l’univers,

Il y a bien longtemps…

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03 mars 2006

Déception

01snow_fairy

Dans la vie, on éprouve parfois un très fort sentiment de déception, mêlé à un peu de dégoût. C'est ce qui m'est arrivé jeudi en allant voir mes résultats d'examens du premier semestre: il me manque quelques points qu'il va falloir que je rattrappe au second semestre, et je ne m'y attendais pas.

De cette sorte de "coup de pied aux fesses" je retiens deux choses: 1. Je n'ai peut être pas travaillé comme j'aurais du, me plonger dans mes livres et faire de très brèves apparitions pour que ma vie sociale ne se résume pas à une solitude teintée de tristesse 2. la déception a du bon, elle vous met dans un état d'énervement dans lequel vous vous sentez capable d'abattre des montagnes. Les nerfs remontés à bloc, vous vous promettez que plus jamais cette situation humiliante (car pour moi c'est une sacrée humiliation) ne vous arrivera.

Voilà, c'était l'état d'humeur du jour....

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26 février 2006

Lightsangel: le retour (les initiés comprendront)

Après des mois de silence, je reviens sur vos écrans (d'ordi, ne nous emballons pas) et salue humblement et avec beaucoup de joie les anciens compagnons, qui, j'en suis sure, se reconnaitront (loupblanc, petitelionne, Sokharis, lèvres...et plein d'autres encore).

Ravie de réintéger "la famille des joyeux bloggers"!

avatar_visage_femme

Posté par Lightsangel à 12:41 - Commentaires [9] - Permalien [#]